Le gouvernement israélien va pour la première fois rémunérer des rabbins n’appartenant pas au courant ultra-orthodoxe mais aux courants réformé et conservateur, majoritaires dans la communauté juive américaine, une décision jugée aujourd’hui “historique” par les médias. Cette décision a été annoncée hier par le conseiller juridique du gouvernement en réponse à une saisine de la Cour suprême par les représentants des mouvements réformé et conservateur.

Jusqu’à présent, le ministère des Cultes, le Grand Rabbinat, ainsi que les conseils religieux locaux étaient entièrement contrôlés par les ultra-orthodoxes qui disposent du monopole sur les mariages et les divorces. Seuls les rabbins ultra-orthodoxes, qui ne reconnaissent pas les deux autres courants, étaient payés sur des crédits publics.

Désormais, une quinzaine de rabbins réformés et conservateurs servant dans des communautés tels que des kibboutz et des mochav (villages collectivistes et coopératifs) vont recevoir leur salaire de l’Etat, a précisé à la radio militaire le président du mouvement réformé en Israël, Gilad Kariv. Ils ne seront toutefois pas payés par le ministère des Cultes, contrôlé par le parti ultra-orthodoxe Shass, mais par celui de la Culture et Sports.

Les réformateurs majoritaires en diaspora

“C’est un compromis, un premier pas, mais on ne peut pas sous-estimer le fait que pour la première fois l’Etat a annoncé son intention de financer des rabbins réformés, comme il le fait pour des rabbins ultra-orthodoxes”, a ajouté Gilad Kariv. Le ministre des Cultes Yaakov Margui a souligné qu’il ne s’agissait pas d’une “dispute budgétaire, mais d’une lutte idéologique”. “Je ne reconnaîtrai aucun rabbin qui ne sera pas accepté en tant que tel par le Grand Rabbinat, un point c’est tout”, a prévenu le ministre du Shass.

Les partis ultra-orthodoxes, dont l’appui est souvent crucial pour constituer des majorités, se sont toujours opposés à la moindre remise en cause de leur monopole sur l’état-civil, et la gestion des affaires religieuses. Les courants du judaïsme réformé et conservateur, nés au XIXe siècle en Allemagne, se distinguent des orthodoxes par une interprétation moins stricte de la loi juive. Minoritaires en Israël, ils sont en revanche largement majoritaires aux Etats-Unis, où vivent quelque 5,3 millions de juifs.

La Réponse KeReM:
La conférence des rabbins libéraux KeReM salue la décision du gouvernement israélien de reconnaître enfin les rabbins appartenant aux courants non-orthodoxes du judaïsme.
Jusqu’à présent, les rabbins ultra-orthodoxes, qui contrôlent le ministère israélien des cultes, disposaient d’un monopole absolu sur l’état civil et les affaires religieuses et ne reconnaissent pas les deux autres courants majeurs du judaïsme.

Les mouvements juifs non-orthodoxes, libéraux et massortis, sont pourtant largement majoritaires dans la diaspora, particulièrement aux Etats-Unis. Ils militent notamment en faveur du pluralisme religieux et de l’égalité hommes/femmes au sein de la tradition.

KeReM se réjouit de cette décision historique.